vendredi 17 mai 2013

Comment j'ai Souhaité la Mort de mon Fils (XXI)

Il y a des fois où la réalité dépasse toutes les fictions que l'on aurait pu imaginer. Il y a peut-être pire, ce n'est peut-être pas hors du commun, mais ceci est notre histoire, notre cauchemar.

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Chronique 21 : La Bonté du Coeur

Samedi 29 avril – Dimanche 12 mai

Il n’y a pas grand-chose de neuf à raconter à propos de Nicolas. Il a fait quelques apnées isolées, mais rien de grave. La routine s’installe tranquillement, mais ça ne la rend pas plus facile pour autant. La situation traine en longueur, mais nous devons avouer que tout le monde met la main à la pâte pour assurer un bon dénouement pour Nicolas. L’association Emmanuel continue à chercher une famille, mais n’a pas encore trouvé la bonne situation. On nous a parlé d’une famille potentielle à Chicoutimi, mais ça n’a pas abouti. La travailleuse sociale conjointement avec le CMR (centre montérégie de réadaptation) et la DPJ ont travaillé fort pour trouver une solution sans passer par un signalement en bonne et due forme. Ils se sont finalement entendus pour que le dossier soit dans les mains du CMR et nous en revenons à l’option de famille d’accueil avec ou sans infirmières, mais aucune famille n’est encore disponible pour Nicolas.

Nicolas boit de plus en plus vite, surtout quand c’est maman ou sa mamie qui donne le biberon. Les autres ont plus de difficulté, moi y compris. Les médecins ont accepté pour le moment de ne pas lui donner de gavage la nuit s’il ne se réveille pas de lui-même et de lui donner uniquement des biberons pendant le jour si c’est possible. Tout ça dans le but éventuel de se passer complètement du gavage. Aux dernières nouvelles, il avait perdu un peu de poids. Mais c’est une situation difficile à tenir, car nous ne pouvons pas toujours être présent pour lui donner tous ses biberons et les infirmières n’ont pas toujours le temps de s’en occuper, surtout quand ça peut prendre une heure pour boire 120 ml.

C’est ce qui me ramène à la bonté du cœur. En ces temps d’individualisme, de corruption et de cynisme, toute cette situation nous fait voir qu’il y a encore du bon dans l’être humain. Quelque fois, il ne cherche qu’une occasion de s’extérioriser, de s’exprimer. Nicolas a eu cet effet sur notre entourage et même encore plus loin.

Alors que Nicolas était dans le besoin de tendresse et d’attention, plusieurs bonnes âmes se sont levées pour prendre de leur temps et offrir leur bras et leur cœur à Nicolas pour de brefs instants alors qu’il est réveillé en soirée et que nous ne pouvons pas être à ses côtés. Mamie donne beaucoup de son temps, de même que plusieurs collègues de bureau de maman. Des bénévoles viennent bercer Nicolas la fin de semaine afin de nous aider à retrouver un semblant de vie normale. Une connaissance de mamie s’est aussi portée volontaire. Comme ça, Nicolas se sent moins seul le soir dans son lit d’hôpital. À toutes ces personnes, vous offrez le plus beaux des cadeaux à Nicolas, de la tendresse, de l’attention et de l’amour.

Tous ceux qui nous supportent dans cette épreuve, qui accompagnent maman dans ses longues journées à l’hôpital, qui prennent le temps d’écouter nos états d’âmes le soir venu, vous nous réchauffez le cœur et vous nous montrez le beau côté de la vie.

Puis il y a tous ceux qui nous aident à retrouver un semblant de vie normale en prenant soin d’Anabelle. Vous nous permettez à maman et à moi de prendre du temps ensemble, de se redécouvrir et de s’aimer.

Vous nous démontrez ce qu’est la vie. La bonté du cœur qui s’exprime spontanément dans les moments où nous en avons le plus besoin. Sans vous, tout serait plus gris. On se rend compte finalement que ce qui nous définit n’est pas ce qui nous tombe dessus et nous fait trébucher, mais bien ce qui nous supporte et ne permet de nous relever.

Merci d’être vous, merci d’être là avec nous.

vendredi 3 mai 2013

Comment j'ai Souhaité la Mort de mon Fils (XX)

Il y a des fois où la réalité dépasse toutes les fictions que l'on aurait pu imaginer. Il y a peut-être pire, ce n'est peut-être pas hors du commun, mais ceci est notre histoire, notre cauchemar.

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Chronique 20 : La Décision

Lundi 22 avril – Vendredi 28 avril
 
La fin de semaine se passe comme à l’habitude, maman à la maison avec Anabelle et moi à l’hôpital. J’expérimente ce que maman vie toute la semaine et je trouve ça pas mal difficile. C’est long de  s’occuper d’un enfant qui ne fait rien et qui est pris entre quatre murs. Ça me fait encore plus réaliser que Nicolas doit se trouver une famille, ça ne peut plus continuer comme ça.

Maman verse des larmes le dimanche soir et ça n’échappe pas à Anabelle. Nous devons lui expliquer encore une fois la situation de son petit frère, qu’il est très malade, qu’il devra aller dans une autre famille. Nous lui demandons aussi de ne plus dire ''la chambre de mon petit frère'' mais bien la chambre du bébé, car Nicolas ne viendra jamais y dormir. Nous lui disons aussi qu’il se pourrait qu’éventuellement, maman porte un autre bébé dans son ventre. Nous ne savons pas à quel point elle intègre tout ce que nous lui disons, j’en ai les larmes aux yeux juste à lui en parler. Mais Anabelle est exceptionnelle pour ce qui est de l’empathie. Elle fait un gros câlin à maman et la console. 

Le lundi, nous rencontrons le travailleur du centre jeunesse de la Montérégie. Il est là pour nous expliquer comment fonctionne le processus d’adoption. Il nous explique qu’il ne nous ferait pas signer de papier tant qu’une famille n’a pas été identifiée. Nous nous questionnons alors surtout sur ce que nous pouvons faire pendant qu’ils tentent de lui trouver une famille. On lui parle de famille d’accueil de transition, mais selon lui, si nous optons pour cela, ça doit nécessairement passer aussi par un signalement à la DPJ et plus aucun contact ne sera possible par la suite. C’est différent de ce qu’on nous avait mentionné auparavant, mais bon, c’est son premier dossier d’enfant handicapé et il nous dit qu’il va faire des vérifications. Il y a aussi l’enjeu à savoir combien de temps Nicolas pourra rester à l’hôpital. La  travailleuse sociale nous mentionne qu’elle se renseignera auprès des médecins.

Nous posons toutes nos questions et le représentant du centre jeunesse nous demande d’y penser encore pendant 48 heures avant de lui donner une réponse. Ça fait plus d’un mois que nous y pensons et rien de ce qu’il nous a dit nous fait changer d’idée. Nous lui donnons finalement le ok pour entreprendre les démarches d’adoption, ou plutôt de recherche de famille. Je ne peux pas dire qu’un poids s’est enlevé de nos épaules à ce moment, mais au moins, ça avance et ça laisse entrevoir un début de fin à toute cette situation-là.

Après la rencontre, la  travailleuse sociale vient nous voir pour remplir son rôle de psychologue et pour s’assurer que nous allons bien après cette décision importante. Nous lui faisons encore part de nos craintes et de nos incertitudes. Je prends le temps de dîner avec maman et retourne au travail.

Le lendemain, nous rencontrons notre nouvelle psychologue, ou plutôt thérapeute. Elle semble un peu, disons ''flyée'' mais quand même compétente. Son discours est dans la même lignée que tous les autres intervenants que nous avons rencontrés. Je me rends compte en lui parlant que nous n’avons pas l’air de deux personnes au bord du gouffre. Maman se demande si cela  nous arrivera  plus tard, après la réelle séparation, au moment du deuil (de l’enfant que nous n’aurons pas avec nous). Pour le moment, nous allons voir les psychologues  pour nous faire rassurer quant à ce que nous pensons et ressentons. Ça nous aide à extérioriser nos inquiétudes.

En revenant, je vais chercher Anabelle à la garderie pendant que maman va faire son jogging. La gardienne m’apprend que ma fille n’a pas fait de sieste et parlait énormément de son petit frère et de sa maladie. C’est la première fois que nous nous rendons compte réellement à quel point elle en est affectée. La gardienne l’a écouté puis lui a changé les idées par la suite. Elle me demande si c’était la bonne chose à faire. Je n’en sais rien. Probablement. Qui sait ce qu’on doit faire dans cette situation-là? J’en parle à maman et nous décidons de ne pas intervenir plus qu’il ne fait à moins que la situation empire.

Le mercredi, la travailleuse sociale nous dit qu’il y aurait peut-être une possibilité d’avoir une famille d’accueil sans passer par la DPJ. Si Nicolas a besoin d’une infirmière 24hres/24, il y aurait une famille prête à le prendre. Malheureusement, je ne crois pas que Nicolas se qualifie pour cela. On a un rendez-vous en neurologie le vendredi suivant et la travailleuse sociale préfère attendre les résultats pour avoir un meilleur portrait de la situation. Par la même occasion, elle nous annonce que l’hôpital a accepté de garder Nicolas pour encore un mois. Ce n’est pas l’idéal d’y passer nos journées, mais c’est mieux que rien.

Le jeudi, rien de bien nouveau. Nicolas boit de mieux en mieux, des biberons de 120 ml environ. Il faut par contre agrandir le trou de la tétine, car sa succion n’est toujours pas très bonne. Les infirmières nous permettent de débrancher son moniteur d’oxygène quand nous sommes auprès de lui. On nous apprend aussi que Nicolas est souvent très réveillé entre 17 :00 et 20 :00 (lorsque nous ne sommes pas là) et que les infirmières ne peuvent pas lui donner toute l’attention dont il aurait besoin. Branle-bas de combat! Nous devons maintenant trouver des ressources pour venir s’en occuper le soir. Heureusement, mamie accepte de passer du temps avec lui le soir-même.

Le vendredi, nous sommes le 26 avril. Nicolas a 2 mois. Je vais rejoindre maman, Nicolas et une infirmière au Children pour son rendez-vous en neurologie. Nous croyons voir un neurologue pour lui poser tout plein de questions, mais c’est mal connaître notre système de santé. Aucun neurologue ne s’est déplacé. Nicolas ne subit même pas un EEG. C’est plutôt un potentiel évoqué. Ça permet de visualiser comment le système nerveux achemine l’information au cerveau. C’est un examen qui aurait dû être fait bien avant, du temps qu’il était au Children, mais ils l’avaient oublié. De plus, un seul parent peut accompagner Nicolas dans la salle. Je reste donc à attendre à l’extérieur avec l’infirmière. Nicolas a beaucoup pleuré pendant le test. Les chocs électriques semblaient lui faire du mal. Les résultats nous parviendrons dans 3-4 semaines. Par contre, la technicienne semble avoir détecté un problème au niveau des oreilles. Nicolas a donc un rendez-vous en audiologie dans un mois. Nous ne savons même pas si nous y serons.

La fin de semaine, c’est mon tour de garde. J’ai amené Nicolas à l’extérieur avec le porte-bébé ventral. C’était comme à la bonne époque d’Anabelle. J’avais l’impression pour un court instant que tout était normal. Ça m’a rendu triste aussi, car la réalité nous rattrape assez vite. Le temps à l’hôpital est très long. Je suis fatigué. Je m’endors deux fois en lui donnant le biberon. Pauvre Nicolas, même deux jours par semaine je ne suis pas capable de lui donner toute l’attention qu’il a besoin. Je lui parle un peu de sa future famille. Je lui dis que je l’aime et que nous lui trouverons la meilleure famille qui soit. J’ai de la misère à le quitter dimanche après-midi. Il est réveillé, mais je dois partir. Il me regarde. Ne sourit pas. Ne pleure pas. Je le laisse seul dans son grand lit à barreau comme seuls compagnons la pieuvre musicale et son canard bariolé.

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Petite anecdote numérologique que nous venons tout juste de s’apercevoir. La date officielle du début de notre couple est le dix-huit octobre mille neuf cent quatre-vingt-dix-huit, à l’âge de dix-huit ans, j’ai habité toute mon enfance au huit cent quatre-vingt-dix-huit, ma belle-mère est décédée un dix-huit novembre et Nicolas a une anomalie au chromosome dix-huit!! Ouf, cela fait beaucoup de dix-huit dans notre vie!!

dimanche 21 avril 2013

Comment j'ai Souhaité la Mort de mon Fils (XIX)

Il y a des fois où la réalité dépasse toutes les fictions que l'on aurait pu imaginer. Il y a peut-être pire, ce n'est peut-être pas hors du commun, mais ceci est notre histoire, notre cauchemar.

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Chronique 19 : Le Jour de la Marmotte

Lundi 14 Avril – Vendredi 18 avril

Nicolas s’habitue tranquillement à son nouveau chez-soi à Pierre Boucher. Peu de temps après son transfert, il fut pas mal agité, mais il s’est calmé maintenant. Il doit s’adapter à un nouvel environnement, à de nouvelles infirmières. Nous aussi comme parents nous devons nous ajuster. Nous avions nos habitudes, nos aises au Children’s.

Je reçois un appel de maman très tôt en avant-midi, alors que je suis au travail. La tristesse transpire dans sa voix. Nicolas a recommencé à convulser alors qu’elle le tient dans ses bras. Maman ne sait que faire. Les infirmières ne sont pas aussi présentes qu’au Children’s. Même quand la machine de saturation de Nicolas sonne, elles ne viennent pas automatiquement voir ce qui se passe. Maman reste seule avec Nicolas qui devient bleu, seule avec son angoisse de le voir respirer à nouveau.

Je quitte alors le travail pour aller rejoindre maman. Lorsque j’arrive, Nicolas continue de faire ses convulsions avec apnées. Nous ne pouvons qu’assister à tout cela en attendant que le pédiatre vienne nous voir. Lorsqu’il arrive, nous  voyons bien que la situation le sort de sa zone de confort. Ce n’est pas tous les jours qu’ils ont un bébé qui convulse ainsi dans leur unité. Il tente de nous expliquer bien des choses, mais nous comprenons surtout qu’il ne sait absolument pas quoi faire. C’est à ce moment que nous ressentons un profond regret de ne plus être entourés de l’expertise de l’hôpital pour enfants.

Le pédiatre va consulter les notes dans le dossier de Nicolas et décide de suivre les directives laissées par les neurologues. Nicolas aura alors besoin d’un quatrième anticonvulsivant, le Frisium. Il lui donne pour le moment un autre médicament qui devrait agir rapidement pour contrôler ses convulsions à court terme avant de pouvoir introduire dans son ‘régime’ le Frisium.

Encore une fois, alors que nous envisagions pour Nicolas une fin plutôt heureuse, le spectre de la mort revient nous hanter. Est-ce finalement le début de la fin? Nous y croyons moins que la dernière fois. Nous sommes déjà passés par là. Mais la douleur reste vive. Nous le voyons lutter à chaque convulsion pour reprendre son souffle. Nous lisons dans son visage l’épuisement qui l’habite. Tout ça lui demande une énergie inimaginable et nous ne pouvons que le regarder, le bercer et le stimuler pour qu’il respire.

Tranquillement, après environ 3 heures de convulsions en boucle, les médicaments font effet et les crises s’espacent. Lorsque je m’aperçois que la situation se stabilise, et pour Nicolas et pour maman, je repars au travail.

Toute la semaine nous avons des conversations avec la travailleuse sociale qui tente de nous trouver des informations sur les familles d’accueil et le processus d’adoption. Pour l’adoption, les gens du centre jeune de la Montérégie semble bien ouverts à venir nous rencontrer. D’ailleurs un rendez-vous nous est donné pour le lundi suivant, 22 avril. Nous apprenons par le fait même que l’Association Emmanuel a eu, l’année dernière, 6 cas du même genre que Nicolas (multi-handicapé) et qu’elle a réussi à tous les placer avec un famille adoptive.

Pour ce qui est de la famille d’accueil, tout semble vraiment, mais vraiment compliqué, et surtout extrêmement bureaucratique. La travailleuse sociale nous apprend d’abord que le CRDI (centre de réadaptation en déficience intellectuelle) ne reconnaît pas un handicap intellectuel avant que l’enfant n’ait entre 5 et 7 ans. Avant cela, l’enfant est considéré comme en retard de développement global. Par le fait même, ils ne peuvent considérer la candidature d’un enfant comme Nicolas pour une famille d’accueil tant qu’aucun diagnostic de déficience ne soit posé. Tout ce qu’ils peuvent offrir ce sont des soins de réadaptation à la maison.

La solution suivante serait de faire nous-même un signalement à la DPJ pour abandon d’enfant. Nicolas entrerait alors dans le fameux ‘système’ de la DPJ et pourrait avoir droit à une famille d’accueil. Nous trouvons l’idée totalement absurde. Déjà que ce n’est pas de gaité de cœur que nous essayons de trouver une autre famille pour Nicolas, nous nous voyons encore moins nous dénoncer à la DPJ et avoir ‘un dossier’ avec eux avec la mention d’abandon!

La travailleuse sociale nous parle aussi de placement volontaire, mais elle se rend compte un peu plus tard que c’est surtout pour les parents qui veulent placer leur enfant de façon temporaire, le temps de régler un problème ou une situation difficile. Donc, encore une solution qui ne s’applique plus à nous.

Après toutes ces informations, il nous apparaît encore plus clair que l’adoption semble la seule voie à considérer, autre que le ramener avec nous à la maison. Nous verrons bien lundi prochain ce qui ressort de cette réunion avec le centre jeunesse. Nous prenons aussi un rendez-vous avec un psychologue près de notre maison, car nous sentons que nous avons besoin de support en ce moment crucial de notre prise de décision et surtout en envisageant toutes les émotions qui nous envahiront lorsque cette décision sera prise pour de bon. Et on ne parle même pas de comment nous devrons faire vivre cela à Anabelle. Nous lui en parlons quelques fois, mais elle ne comprend pas trop. C’est difficile pour nous de la voir parler de ‘son petit frère’, comme s’il était présent ou comme s’il allait être présent un jour.

Il est temps que tout cela aboutisse. Ça nous épuise. Maman est fatiguée de tirer son lait 6 fois par jour devant sa machine. Elle est fatiguée de passer ses journées à l’hôpital, souvent seule avec ses tristes pensées. Ça devient de plus en plus difficile et déprimant.

Heureusement, quelques amies/collègues viennent lui rendre visite  à l’hôpital et cela l’aide beaucoup à aller de l’avant car elle sent le support de tous. Elle sent également que ces personnes ne la jugent pas. Ce sont dans des moments comme ceux-là que nous nous rendons compte de l’importance d’être bien entouré d’amis véritables.

 Nicolas fait des progrès. Il semble commencer à suivre un peu plus des yeux, il fait quelques progrès avec le biberon, il émet des babillages de bébé. Tout pour nous faire douter de sa condition. Et s’il était normal finalement ? Nous devons toujours chercher à nous convaincre et à nous raisonner que ce n’est pas le cas ; qu’il a bel et bien une trisomie 18 partielle, une délétion 18q21 et que ce n’est qu’un espoir fou qui nous berce d’illusions. Chaque jour, nous nous attachons un peu plus à lui sachant très bien que nous devrons nous en éloigner par la suite. Et nous réalisons que c’est difficile, car nous l’aimons notre petit Nicolas. Et c’est par amour que nous devons prendre la décision la plus difficile de notre vie.

dimanche 14 avril 2013

Comment j'ai Souhaité la Mort de mon Fils (XVIII)

Il y a des fois où la réalité dépasse toutes les fictions que l'on aurait pu imaginer. Il y a peut-être pire, ce n'est peut-être pas hors du commun, mais ceci est notre histoire, notre cauchemar.

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Chronique 18 : Entre la Tête et le Coeur
Samedi 6 Avril – Vendredi 12 avril


Le samedi, nous n’allons pas à l’hôpital. Mamie donne encore généreusement de son temps. Ça nous permet de respirer un peu et de passer un peu de temps en famille.

Le dimanche, je vais pour la première fois seul à l’hôpital pendant que maman fait les magasins avec Anabelle. Nicolas a passé une bonne nuit. Il est toujours stable. La journée se passe bien, c’est un peu long tout seul, je comprends encore plus maman qui doit le faire plusieurs fois par semaine.

Je tente de donner le biberon à Nicolas. Maman et mamie ont bien réussi à lui faire prendre une bonne quantité. Moi, ça ne marche pas. Même s’il est réveillé, même en le stimulant, je n’arrive pas à lui faire prendre plus de 3 ml. Je retente le coup au biberon de 15 heures, 2 ml. Malgré que je sois conscient de son handicap, de sa difficulté à boire, à coordonner succion et sa déglutition, j’enrage. J’ai envie de le secouer, de lui crier de boire plus. Je renonce et je le remets dans son lit. Je quitte l’hôpital. J’ai encore cette rage au fond de moi dont j’ignore la source et je me dis que pour son bien, je ne dois pas avoir à m’en occuper. Il n’a surtout pas besoin d’un père qui pour une raison inconnue s’embrase à la moindre niaiserie.

Le mardi, nous rencontrons encore une fois l’équipe médicale qui nous confirme que Nicolas est stable et qu’il est très probable qu’il puisse sortir des soins intensifs dans très peu de temps. Nous changeons alors de champs de bataille. Avant, c’était la vie contre la mort. Maintenant, c’est une bataille entre la tête et le cœur. Le cœur qui dit que c’est notre enfant, c’est notre rôle de le protéger et d’en prendre soin. La tête qui dit que nous ne serons pas capables de nous en occuper, que son cas sera trop lourd pour notre famille et qu’il serait mieux dans une autre. Toute les avenues sont douloureuses, remplies de tristesse et de culpabilité.  Et il faut surtout faire attention de choisir la moins pire des options(pour nous, il n’y en a pas de bonne), mais surtout de le faire en commun accord au sein du couple, car cette décision pourrait bien être la pire de notre vie si on la regrette ou si on en veut à l’autre.

J’ai déjà l’impression que maman et moi nous ne suivons pas nécessairement le même chemin.  Son cheminement semble se faire plus rapidement. Elle accepte plus que moi l’idée de l’adoption, que notre fils soit confié à une famille qui l’acceptera et l’aimera pour ce qu’il est. De mon côté, je suis plus hésitant à couper le cordon au complet, même si ma tête me dit que c’est fort probablement la meilleure solution.

Nicolas passe un autre test auditif. Cette fois-ci, le test s’avère positif pour les deux oreilles. Il semble maintenant bien entendre. C’est une bonne nouvelle. Maman réussit à lui donner plus de lait avec le biberon, il fait de bon progrès.

Jeudi maman apprend que Nicolas sera transféré à l’hôpital Pierre-Boucher, lieu de sa naissance. Toute l’équipe vient lui présenter leur au revoir. C’est bizarre, mais nous ressentons une certaine tristesse de devoir quitter cet environnement et toute cette équipe qui nous a pris sous leur aile. Ils nous ont écoutés et suivis dans notre cheminement durant les 6 dernières semaines.

Par la même occasion, maman reçoit les résultats du dernier EEG de Nicolas. Il est normal. Maman est surprise et tente de demander s’il est normal sans convulsion ou normal comme un enfant sans handicap mental. La résidente dit que c’est ce qu’indique le rapport du neurologue, mais n’en sait pas plus. L’infirmière de soutien aux familles qui est auprès de maman lui confirme que non, Nicolas n’est pas normal et ne le sera jamais et qu’il ne faut pas se faire d’espoir. Elle  lui dit que les signes sont bien présents depuis le début.  Même après tout ce qu’on a vécu, tout ce que nous avons traversé, nous gardons toujours au plus profond de nous cet espoir fou qu’il pourrait finalement être normal. Mais Nicolas est Nicolas, ni plus, ni moins.

Le vendredi, notre fils est transféré aux soins intermédiaires à l’hôpital Pierre Boucher. Les images en flashback de la naissance, du constat par le médecin de ses nombreuses anomalies physiques et de l’effondrement de nos rêves resurgissent lorsque nous entrons dans l’hôpital. 46 jours après sa naissance, il retourne là où tout a commencé et là où se déroulera vraisemblablement le dernier acte de cette tragédie.

lundi 8 avril 2013

Comment j'ai Souhaité la Mort de mon Fils (XVII)

Il y a des fois où la réalité dépasse toutes les fictions que l'on aurait pu imaginer. Il y a peut-être pire, ce n'est peut-être pas hors du commun, mais ceci est notre histoire, notre cauchemar.

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Chronique 17 : Le Temps

Lundi 1er Avril – Vendredi 5 avril

Le matin du premier avril, pour la première fois, nous assistons à sa première prise de médicament de la journée. Quand nous voyons l’infirmière arriver avec sa poignée de seringues et les injecter en rafale à Nicolas, nous en restons abasourdis. Nous savions qu’il en prenait beaucoup, mais en le voyant, on se rend compte à quel point ce petit être est dans une situation insoutenable. Ça commence presque à ressembler à de l’acharnement thérapeutique. Au moins, Nicolas est stable pour le moment, ils servent  donc à quelque chose.

Avant de repartir, nous rencontrons le médecin de Nicolas qui nous explique encore une fois la situation. Selon lui, Nicolas semble nous montrer dans quelle direction il s’en va. Ça nous confirme ce que nous pensions déjà. Il nous demande si on doit aider notre fils en donnant de l’air lors d’éventuelles convulsions, le temps qu’il se stabilise à nouveau. Dans l’optique où sa condition se détériore, ça ne ferait qu’éterniser l’agonie.

Nous le quittons alors pour aller rejoindre mamie, papi, mon frère et Anabelle, car nous passons ce lundi de Pâques au Biodôme et à l’Insectarium. C’est supposément pour nous changer les idées, mais c’est plus facile à dire qu’à faire.

Mardi, c’est le retour à la routine. Moi au travail et maman à l’hôpital. Rien de nouveau ne se passe. Nicolas est toujours stable. Même chose pour mercredi. Nous commençons à nous demander si Nicolas est vraiment embarqué dans une spirale dégradante ou bien s'il est maintenant vraiment stable. Il respire bien tout seul et il ne désature plus avec son troisième anticonvulsivant.

Jeudi, je retourne à l’hôpital pour prendre mes prises de sang et pour passer la journée avec maman et Nicolas. Ce dernier passe un test de radiofluoroscopie ou quelque chose du genre. Bref, ça permet de voir en direct le passage du lait dans la gorge. L’ergothérapeute veut s’assurer qu’il n’y a pas de liquide qui passe tout droit dans ses voies respiratoires sans qu'il ne réagisse. Nicolas nous fait une grosse désaturation dès les premières gorgées, mais il se ressaisit tout seul. Par la suite, le test confirme que le lait liquide dévie en petites quantités dans ses voies respiratoires et qu’il serait donc imprudent de lui donner du lait ordinaire. Par contre, si le lait est plus épais, il ne semble pas y avoir de problèmes. Nous pourrons donc recommencer à donner le biberon à Nicolas en petites quantités à partir du lendemain.

Nous tentons aussi de parler à l’infirmière de soutien aux familles, car nous avons vraiment beaucoup de questions. Autant lundi et mardi nous commencions à nous demander quel genre de funérailles nous devrions faire pour lui, autant aujourd’hui, cette réalité nous semble vraiment lointaine. Nous ne savons vraiment plus sur quel pied danser et c’est cette incertitude qui nous tue. C’est comme si à chaque semaine, nous faisions un pas en avant et un pas en arrière. Toute cette situation stagne. Rien ne progresse. Nous sommes toujours dans l’attente.

Le vendredi, maman tente de donner le biberon de lait épaissis à Nicolas, sans grand succès. Il en prend quelque peu, mais on dirait que le lait est trop épais pour sortir de la tétine. Nicolas refait aussi son test audiologique. Cette fois-ci le résultat semble démontrer qu’il n’entend pas des deux oreilles. L’infirmière nous dit que ça pourrait seulement être un bouchon ou un peu de liquide qui obstrue les canaux. Le test sera donc à refaire une autre journée, mais il devra fort probablement être suivi par un audiologiste. (Quelle surprise!)

On nous annonce maintenant ce genre de nouvelles et nous le recevons sans réelle réaction émotive. C’est l’effet du temps qui passe, ce temps qui banalise ce qui était auparavant inconcevable. Depuis le début on nous répète (et on se répète nous-même) de laisser le temps faire les choses. Il nous aidera à y voir plus clair, à accepter la situation, à cheminer. Tout ça est vrai. Nous sommes plus en mesure de relativiser la situation. Notre cheminement s’est fait petit à petit, nos pensées sont plus rationnelles et un peu moins émotives. Nous nous connaissons plus, nous connaissons davantage Nicolas. Mais le temps a aussi un effet pernicieux. Il laisse languir les choses et il peut se permettre d’attendre la moindre faiblesse pour éroder même la plus solide des fondations, pour effriter la base de nos certitudes, pour immiscer un doute. Le temps peut aussi avoir raison de nous, de notre entourage et du lien qui nous unit. Il faut alors redoubler d’ardeur avec une énergie qui nous manque cruellement pour s’assurer de pallier ces faiblesses, en espérant que les dommages ne soient pas trop graves et irréversibles.

mardi 2 avril 2013

Comment j'ai Souhaité la Mort de mon Fils (XVI)

Il y a des fois où la réalité dépasse toutes les fictions que l'on aurait pu imaginer. Il y a peut-être pire, ce n'est peut-être pas hors du commun, mais ceci est notre histoire, notre cauchemar.

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Chronique 16 : Nicolas répond… à sa façon.
Dimanche 31 mars – Lundi 1er Avril

Le dimanche de Pâques, Nicolas a passé une journée calme et stable dans les bras de papi et mamie. Maman et moi  profitions de ce dimanche de Pâques pour faire la chasse au coco à la maison, manger du chocolat et participer au traditionnel brunch de Pâques dans la famille à maman.

Vers minuit et demi cette nuit-là, le téléphone nous réveille. Maman ne veut pas aller répondre, sachant très bien qui appelle. Je réponds donc en retenant mon souffle. Nicolas a recommencé à faire des convulsions. Ils lui ont donné une grosse dose de phénobarbital pour tenter de contrôler les convulsions. C’est le résident qui est au bout de la ligne. Il me dit qu’il nous reparlerait le lendemain matin et que selon lui, il n’y avait pas vraiment d’urgence. Je lui réponds par saccade, avec ma voix tremblotante. Je n’ose pas regarder maman dans les yeux.

Je raccroche le téléphone et raconte à maman ce que le résident m’a dit. Nous pleurons. En quelque sorte, Nicolas semble nous donner une réponse quant à la direction qu’il voulait prendre. Nous ne savons que faire. Devons-nous réveiller mamie pour venir surveiller Anabelle pendant que nous nous rendons au chevet de Nicolas? D’un autre côté, je suis plutôt convaincu que nous pouvons attendre encore quelques heures et que sa situation sera stable d’ici là. Nicolas a l’habitude de bien répondre aux médicaments dans les premiers temps.

Finalement, nous prenons la décision d’y aller en se disant que s’il y a une chance que ce soit la dernière fois que nous voyons Nicolas vivant, nous devons être présents. Mamie n’est pas encore couchée. Elle s’en vient rapidement.

Nous faisons le chemin jusqu’à l’hôpital dans un silence de mort. Je ne crois pas que maman et moi nous nous sommes dit plus qu’une dizaine de mots. En arrivant, Nicolas semble somnolent. C’est normal, la dose de médicament donnée est très puissante. Ils lui ont remis une intraveineuse dans la tête pour lui injecter son médicament. Il nous fait encore quelques convulsions, mais elles s’espacent. Il se stabilise tranquillement. Nous le caressons. Nous le prenons, le berçons. Maman est triste en le berçant, elle ne veut pas laisser mourir ce petit être tout chaud au creux de ses bras, mais elle sait aussi que s’il part, ce sera le signe que son corps ne pouvait plus supporter sa maladie, ce serait donc une délivrance pour Nicolas.

Il est 3 heures du matin quand maman décide d’essayer d’aller dormir dans la salle de famille. Je prends la relève. Je le berce. Je tente de lui chanter une chanson, mais j’ai la voix qui casse sous l’émotion. Je verse des larmes. Je lui dis de s’accrocher s’il veut vivre et que nous trouverions une solution pour qu’il aille la meilleure vie possible. Je lui dis aussi que s’il est tanné, fatigué, qu’il peut aussi se laisser aller. Sa grand-maman l’attend là-haut les bras grands ouverts, j’en suis certain.

Nicolas passe la prochaine heure dans mes bras, sans convulser. Je le remets dans son lit et va rejoindre maman. Je suis épuisé. Je me couche sur le sofa en face de maman. Je finis par m’endormir.


lundi 1 avril 2013

Comment j'ai Souhaité la Mort de mon Fils (XV)

Il y a des fois où la réalité dépasse toutes les fictions que l'on aurait pu imaginer. Il y a peut-être pire, ce n'est peut-être pas hors du commun, mais ceci est notre histoire, notre cauchemar.

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Chronique 15 : Le Point de Non-Retour

Samedi 30 mars

En cette veille de Pâques, nous retournons à l’hôpital. Mamie accepte encore généreusement de garder Anabelle. Quelque fois je me dis que ça doit l’affecter d’une certaine façon de toujours se faire garder par tout le monde et de ne pas être souvent avec ses parents. Mais elle aime tellement ça voir des gens qui peuvent lui donner tout leur attention, cette attention qu’elle ne peut recevoir de nous dernièrement. Ça m’attriste. En plus de continuer à se demander si nous sommes de bons parents pour Nicolas, je suis à me demander si je suis un bon père pour Anabelle. J’imagine que cela fait partie des remises en question que l’on fait lorsque nous vivions ce genre d’événements.

Nicolas est toujours stable à 1 L/min d’air. Je lis dans le dossier de Nicolas et  qui par le fait même confirme ce que maman m’avait déjà dit, les médecins veulent diminuer son flot d’air ou l’enlever complètement après nous avoir consultés.

Le médecin primaire de Nicolas vient nous voir (il est de garde cette fin de semaine) et nous allons nous asseoir dans une salle de conférence tous ensemble. Nous avons plusieurs questions à lui poser sur les nouvelles informations génétiques que nous avons. Il nous confirme ce que nous savons déjà, c’est-à-dire les détails de l’anomalie chromosomique, mais il n’en sait pas plus et cet aspect  n’a pas l’air de l’intéresser tant que ça en ce moment. Pour lui, ce qui est surtout important, c’est comment Nicolas est aujourd’hui et ce qu’il a démontré depuis un mois et le potentiel de ce qui pourrait se produire dans les prochains jours.

Nous discutons aussi du dernier EEG que Nicolas a passé il y a 2 jours. Il nous confirme qu’il a toujours des convulsions électriques, c’est-à-dire des ondes épileptiformes, mais qu’il n’y avait pas de signes cliniques de convulsions comme des apnées. Pour lui, ceci est suffisant. Il nous avait souvent répété que le but n’était pas de les éliminer à 100% mais bien de les contrôler le plus possible. Pour l’instant, les convulsions sont contrôlées sous le seuil critique. Le reste de son activité cérébrale ne s’est cependant pas améliorée. C’est toujours le chaos dans sa tête.

Et c’est par la suite qu’il nous demande alors de faire un choix qui est très important pour la suite des choses. Maintenant que Nicolas est stable à 1L/min, la prochaine étape serait de lui enlever complètement son air. Ça serait l’étape logique pour tout autre bébé qui aurait un flot d’air. Nous sommes pas mal en accord avec ça et c’est exactement ce que nous avions mentionné une semaine auparavant. Nous voulons vraiment que Nicolas puisse au minimum respirer seul et être capable éventuellement de se nourrir par la bouche. Mais la nuance est celle-ci : si jamais Nicolas n’est pas capable de supporter son absence d’air dans le nez, qu’il se remet à faire des convulsions et des apnées, qu’est-ce qu’on fait? Est-ce qu’on retourne en arrière et lui remet son support mécanique à la respiration ou on le laisse aller en minimisant son inconfort?

Le médecin nous explique que si jamais il n’est pas capable de respirer et qu’il fait des apnées, ses poumons vont s’affaiblir avec le temps, jusqu’à n’être plus fonctionnels, par la suite c’est le cœur qui serait atteint et je vous laisse deviner la suite. Il pourrait aussi recommencer à faire des convulsions, dans quels cas ils vont ajuster sa médication pour traiter les convulsions, mais ça sera signe que son cerveau se détériore encore plus.

Donc en gros, soit Nicolas se montre capable de respirer seul ou bien il entrera dans une spirale dégradante qui le mènera tout droit vers un décès, plus tôt que tard. D’un autre côté, ce n’est pas parce qu’il montre qu’il est capable de respirer pour trois ou quatre jours que cela ne se compliquera pas dans plusieurs semaines. Tout va finalement dépendre de son cerveau. S’il se dégrade, c’est la fin. S’il se stabilise et est sous contrôle, il devrait passer au travers, du moins, pour un temps.

Nous hésitions beaucoup à le débrancher de son air quand il était à 4L/min, car nous avions l’impression que ça signait son arrêt de mort. Maintenant qu’il est à 1L/min, nous croyons qu’il n’en a plus de besoin. Le médecin lui-même ne s’attend pas à ce qu’il se passe quelque chose d’alarmant à court-terme, mais il devait nous spécifier les conséquences des choix que nous devons faire, car la possibilité reste là tout de même.

Depuis samedi après-midi, Nicolas n’a plus d’air dans les narines. S’il venait à faire des apnées, il aura un peu d’oxygène pour l’aider à retrouver une saturation normale, mais il n’aura plus de support mécanique. J’ai pu le prendre dans mes bras et l’amener faire un tour dans le corridor de l’hôpital pour la première fois depuis sa naissance (étant donné qu’il n’avait plus de canules dans le nez). J’apprécie  ce moment, c’est plaisant de se promener avec son bébé, comme s’il était en santé et que tout était normal.

Voilà. Ça passe ou ça casse. Nicolas a maintenant son sort entre ses mains. C’est à lui de décider dans quelle direction il veut aller. Mais je ne peux pas dire que nous en dormons plus aisément la nuit.